L’agriculture mérite mieux que des gérants d’estrade

Un des mots qui représente bien cette année de pandémie est l’ultracrépidarianisme. Il décrit un comportement consistant à donner son avis sur des sujets au sujet desquels on n’a pas de compétence crédible ou démontrée. En effet, bien des gens sont devenus du jour au lendemain des épidémiologistes, des virologues ou des experts en santé publique. Rien de bien nouveau pour ceux qui suivent les dossiers agricoles dans les médias. À preuve, la lettre d’opinion parue le 9 juin dans laquelle mesdames Vandelac et Bacon, deux sociologues, critiquent les décisions de l’Agence de réglementation et de lutte antiparasitaire (ARLA). Autre manifestation du phénomène dit du gérant d’estrade, cet expert autoproclamé. Les deux sociologues démontrent de manière éclatante qu’elles ne possèdent ni les compétences, ni les connaissances nécessaires pour commenter le dossier complexe de l’agriculture. 

Elles prétendent que l’ARLA propose de supprimer la réglementation sur certains OGM issus de l’édition du génome sans aucune justification scientifique. Rappelons qu’il y a consensus scientifique sur les procédés de production des plants OGM: ces techniques ne posent pas plus de risques que celles dites‘’naturelles’’ ou ‘’traditionnelles’’.  En outre, les nouvelles plantes issues de l’édition génomique ne seront plus évaluées comme comme des OGM mais bien comme des végétaux à caractère nouveau (VCN) puisqu’elles auraient pu être créées avec les techniques habituelles. Les experts dans le domaine réclament depuis longtemps qu’on évalue les décisions de la mise en marché du produit non pas sur la base de la technologie utilisée, mais bien sur le résultat final. Évidemment, nos sociologues activistes ont bien le droit d’avoir leur opinion, mais il est préférable pour l’ARLA de baser ses décisions sur l’avis d’experts dans le domaine. 

Il est vrai que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme cancérigène probable, mais il faut rappeler que leurs conclusions sont en opposition avec celles de la majorité des agences de santé sanitaire dans le monde : utilisé adéquatement, le glyphosate ne pose pas de risque important sur l’environnement et la santé. Là encore, les sociologues semblent ignorer ce consensus scientifique.

Pour ce qui est du dossier de l’utilisation du Chlorpyrifos et des néonicotinoïdes au Canada, les choses sont plus compliquées. Il est compréhensible que nos deux sociologues s’y perdent et s’indignent d’une situation dont la complexité leur échappe. Si ces deux insecticides posent effectivement des risques pour l’environnement et la santé, il faut toutefois faire une analyse de risque complète et établir un plan de gestion de ces risques. On aboutit alors à une réglementation raisonnée qui tient compte de l’ensemble des enjeux. Parfois, à défaut d’avoir une solution de rechange adéquate, on doit tolérer des risques plus importants à défaut de mieux. En attendant, on peut toujours mieux encadrer l’utilisation d’un produit ou laisser aux agriculteurs une période de transition avant de le retirer du marché. C’est exactement ce qu’a fait l’ARLA.  Les pesticides sont bien évidemment toujours inutiles pour un sociologue, mais pas pour un agriculteur.

Bien des gens ont retenu de “l’affaire Louis Robert’’ que le monde agricole et Santé Canada seraient ‘’inféondés à l’industrie de l’agrochimie”. Cette vision naïve et simpliste du monde reflète bien mal la réalité. Ce que nous aurions dû retirer de cette affaire de ‘’lanceur d’alerte’’ , c’est que l’État québécois n’est plus suffisamment présent en recherche agronomique et dans l’activité de suivi et de conseil auprès des agriculteurs. Les défis à relever par le monde agricole sont immenses. Nous pouvons faire mieux. Les agriculteurs, les compagnies ‘’agro-chimiques’’ et le gouvernement ont chacun leur rôle à jouer et doivent collaborer à  l’amélioration des pratiques agricoles. Pour ce qui est des sociologues et autres gérants d’estrade, s’informer correctement serait la moindre des choses.

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Les consencus scientifique « à la carte»

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