Le glyphosate et Madame​ Robin

Nous avons raison de nous inquiéter de la montée en puissance des géants de l’agroalimentaire. Nous devrions aussi être préoccupés par l’absence de solutions de rechange efficaces aux produits phytosanitaires industriels comme le glyphosate. De même, nous sommes en droit d’exiger des recherches sérieuses sur l’impact environnemental et sanitaire de ces composés. On le voit, les occasions de débattre ne manquent pas, mais, malheureusement, trouver une source d’information non idéologique et nuancée qui tienne compte de la complexité de cet enjeu peut s’avérer frustrant! Le texte paru dans le Devoir du 27 janvier sur le livre de l’activiste Marie-Monique Robin, Le Round-up face à ses juges, en est une illustration.

L’auteure laisse entendre qu’il y aurait un consensus scientifique sur la dangerosité du glyphosate chez l’humain. C’est faux. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) est pratiquement le seul organisme en santé publique dans le monde à avoir classé le glyphosate comme cancérigène probable. De plus, contrairement à ce qu’avance l’auteure, l’Organisme mondiale de la santé (OMS), qui chapeaute le CIRC, classe l’herbicide comme probablement non cancérigène. 

Par ignorance ou par mauvaise foi, madame Robin ne fait pas la différence entre les concepts épidémiologiques de danger (ce qui pourrait arriver lors de l’exposition hypothétique à de fortes doses) et de risque (ce qui pourrait arriver lorsqu’on est exposé aux doses retrouvées dans la vraie vie). Or, dans la conclusion de sa monographie, le CIRC se prononce uniquement sur le « danger » du glyphosate. 

Voyons maintenant sa comparaison avec le scandale sanitaire de l’amiante. Le « risque » associé à l’utilisation du silicate d’amiante était sans équivoque d’un point de vue épidémiologique, clinique et histologique. Il faisait l’unanimité sauf peut-être …chez les chercheurs subventionnés par les producteurs d’amiante. Par contre, après plus de 40 ans d’utilisation massive, on peine à trouver des liens de corrélationentre cancer et exposition au glyphosate. Ainsi, dans une récente étude réalisée avec une cohorte (Agricultural Health Study, AHS) de 45 000 fermiers américains, pendant plus de 20 ans, il a été impossible aux chercheurs de trouver une corrélation entre cancer et glyphosate. Bien sûr, il est extrêmement difficile de prouver la complète innocuité du glyphosate, mais comparer ce produit à l’amiante relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Par ailleurs, il n’est pas étonnant que l’auteure ne voit pas le ridicule du « tribunal » qu’elle a cofondé. En effet, tout son  »capital réputationnel » repose sur la diabolisation du glyphosate et de Mosanto. Or, un tribunal se doit d’être objectif, neutre et non militant. En tout respect pour la souffrance réelle des témoins à ce procès, la science ne peut reposer sur des anecdotes même les plus dramatiques. Il est facile de comprendre pourquoi Monsanto a refusé de participer à ce simulacre de procès.

Enfin, le cas argentin, mentionné par l’auteure est abondamment utilisé dans la rhétorique anti-glyphosate, car il est symboliquement très fort. En quelques mots, le taux anormalement élevé de cancer de cette région a été associé à la  »sojaïsation » et son corollaire, l’utilisation intensive de glyphosate. Ce qu’on oublie de mentionner, par contre, c’est la contamination des puits d’eau potable par l’arsenic, le chrome, le cadmium, le plomb et des pesticides organo-chlorés. Surtout, comment expliquer que le taux de cancer d’autres régions avec un niveau d’utilisation similaire du glyphosate ne présentent pas de taux alarmants de cancer? Mentionnons aussi le Sri-Lanka, dont le gouvernement étudie la possibilité de lever l’interdiction du glyphosate à la suite des pressions des agriculteurs. En effet, ces derniers ont subi une baisse de rendement dramatique et se sont vus contraints d’avoir recours à des produits de substitution hautement plus toxiques et moins efficaces.

Il faudra repasser pour une critique éclairée et constructive de notre dépendance au glyphosate et de l’emprise croissante de Bayer-Monsanto sur notre agriculture.

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