La semaine verte et le glyphosate.


Si on fait abstraction de la musique dramatique, qui est sans doute là pour souligner à gros traits les images de pulvérisation, les huit premières minutes du reportage sont un bel exemple de journalisme consciencieux : on interroge des fermiers adeptes du glyphosate (une démarche inédite dans ce dossier), qui nous expliquent quels en sont les avantages. On aurait aimé que ces avantages (diminution notable des GES et de l’érosion, protection de l’intensité et de la diversité de la vie biologique des sols) soient chiffrés, ce qui aurait permis d’en apprécier l’ampleur, mais dans l’ensemble, c’était plutôt juste comme portrait. 

Malheureusement, à 00:8:30 du reportage, le discours nuancé et objectif tire à sa fin et on entre de plein pied dans la désinformation et le discours anxiogène auxquels les médias nous on conditionnés. 

C’est parti pour le festival de l’émotion brute : 

00:8:30 Le glyphosate est-il aussi inoffensif que les compagnies veulent le laisser croire? 

Vous voulez dire les compagnies et TOUTES les agences de santé publique du monde 

00:8:47 : Ha ha! Ce bon vieux Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et cette difficulté (ce refus?) des journalistes à comprendre la signification de la conclusion de leur monographie 

Si vous avez lu mes autres textes, vous commencez à connaître la chanson. Le CIRC nous parle de DANGER (possibilité, à forte dose, de provoquer le cancer chez des animaux) et non du RISQUE (qu’en est-il dans la vraie vie). Le danger est théorique. Ce qu’on veut savoir c’est si, dans le contexte d’une utilisation normale et prudente le glyphosate pose problème. Dans le contexte épidémiologique, danger et risque ont un sens précis, le plus souvent occulté dans les média. Sans oublier que les conclusions du CIRC laisseraient à désirer selon certains épidémiologistes.(ici, ici)

00:09:12 On précise que Monsanto, tout comme plusieurs agences sanitaires à travers le mondere, rejette cette conclusion de « cancérigène probable ». 

Il n’est peut-être pas cancérigène, mais il est partout : nourriture, urine, eau. Ouuuuuh! Dès lors, la non-cancérogénicité disparaît du paysage. 

00:09:58 Monsanto a-t-elle manipulé la science (re : Mosanto papers) ? 

Manipulé la science?? Les Monsanto papers ont révélé certaines pratiques douteuses mais absoulement rien qui ressemble à de la corruption ou de la manipulation de la science.

00 :10:03 La poursuite intentée contre Monsanto 

Il y aurait beaucoup à dire sur le recours aux tribunaux. Peut-on s’en remettre à ces derniers pour trancher une question scientifique? Dans une cour c’est surtout la capacité des avocats à convaincre un jury ou un juge qui compte. Les critères de loi sont très différents des critères scientifiques. 

tchitching

00 :11:01 Robin Mesnage : je ne comprends pas pourquoi on n’a pas encore fait de test à long terme sur une vie entière? 

Entrée en scène de Robin Mesnage, grand acolyte de Séralini. Il est coauteur avec ce dernier de plusieurs études douteuses, dont la célèbre étude pseudo-scientifique sur les OGM, étude retirée de Food and Chemical Toxicology peu de temp après la publication. Serions-nous à court de sarrau blanc crédible pour nos reportage? 

Mesnage parle d’étude sur la vie entière d’animaux de laboratoire comme étant un gage de sérieux. Rappelons que le fait de limiter la durée des études sur les animaux de laboratoire à quelques mois ne relève pas de la tentative de dissimulation. Il s’agit plutôt d’éviter que les résultats obtenus soient « contaminés » par la sénescence des souris.

00:11:44 Mesnage :C’est vrai que tout le monde se demande si le roundup est cancérigène. Il suffirait de le tester. 

Pardon? Les milliers d’études publiées à ce jour, vous en faites quoi? Vous, à quoi occupez-vous vos journées dans votre labo ? 

00:11:57 Plus de 40 ans après son introduction dans les champs, l’impact de cet herbicide sur la santé reste toujours à clarifier. 

On admet donc qu’après moult études épidémiologiques prospectives d’envergure, après 40 ans de donnés sur l’utilisation de cet herbicide, aucune donnée probante ne permet de conclure au risque que cette molécule ferait peser sur les humains et l’environnement. Il faut admettre que le risque zéro n’existe pas et, oui, il faut poursuivre les études sur cet herbicide. Cette démarche s’appelle la science et elle nous permet d’enrichir et d’affiner nos connaissances. 

00:12:47 Permettre de ce frayer un chemin jusqu’à nos assiettes. 

Pouvons-nous parler de concentration, des limites jugées acceptables (avec des marges de sécurité très généreuses). 

00:16:51 L’agronome David Gehl nous explique que l’utilisation du glyphosate pour sécher le blé est une mauvaise pratique agricole. 

Cependant, monsieur Gehl nous avait déjà expliqué (00:15:09) son utilité pour faire maturer le blé de façon uniforme. Si cette application améliore grandement le rendement et la productivité des agriculteurs et respecte le niveau de résidu acceptable, est-ce une mauvaise pratique agricole ??? Dans ce cas, à quoi sert d’établir un niveau de résidu acceptable en fonction de nos connaissances actuelles si c’est pour la répudier à la première occasion? 

00:18:05 Agriculteur : les agences gouvernementales à travers le monde ont conclu que le glyphosate est sécuritaire. 

La Semaine verte répond : pourtant de nombreuses études scientifiques concluent aujourd’hui que c’est cette application quelque jours avant la récolte qui laisse le plus de traces dans nos aliments. 

Le mot  »pourtant » est trompeur : il n’y a pas vraiment de lien ou de contradiction entre les deux affirmations :

00:18:38 On retrouve des traces de glyphosate dans 36,6% des produits céréaliers, 31.2% des produits pour bébé, 80% du blé et 74% de l’avoine. 

Oui, mais sans que ça ne dépasse les normes. Alors? 

00:20:12 Robin Mesnage : c’est une pratique qui faut regarder de près et évaluer pour voir si ces résidus vont poser problème pour le consommateur. 

Aaaah, cette bonne vielle technique du doute et du supposé manque de recherche pour évaluer les risques (industrie du tabac, sors de ce corps). Je me répète, je sais, mais le risque zéro n’existe pas et avoir la certitude qu’un produit est inoffensif relève de l’impossible. C’est vrai pour le brocoli, le glyphosate, l’huile de lavande, le café, le lait de soya, les tisanes, l’huile de coco et j’en passe et des meilleurs… Encore une fois, les études épidémiologiques prospectives qui ont suivi une tonne d’agriculteurs pendant de longues années n’arrivent pas à déceler une augmentation de risque chez les utilisateurs. Pourquoi ces études (AHS et cohorte Agrican) ne sont-elles jamais mentionnées dans le reportage de la Semaine verte? WHY???

00:21:20 Toute la question du blé canadien boudé par l’Italie est bien résumé par l’agriculteur Todd Lewis (27:53) : protectionnisme et rien d’autre. 

La croisade de l’agriculteur et sénateur Savério Debonis contre le blé canadien fait sourire. Il se peut que monsieur Debonis ait réellement la santé des Italiens à coeur, mais se pourrait-il qu’il ait aussi ses intérêts d’agriculteur et de politicien en tête? 

00:24:34 Le glyphosate est un perturbateur endocrinien 

Faux, jusqu’à présent, il n’existe aucune donnée probante à l’effet que le glyphosate serait un perturbateur endocrinien. 

00:27:05 L’élément le plus troublant du reportage de la Semaine verte, selon moi, se déroule à 00:27:00 minutes. C’est quoi le petit robot qui roule en arrière-plan sur le gazon ???? Il faudrait enquêter… 

28:55 Savério Debonis : Mais s’ils savaient ce que nous savons aujourd’hui , nous qui sommes agriculteurs en plus d’être consommateurs, ils comprendraient les raisons de notre combat. 

Que savez-vous en tant qu’agriculteur/consommateur qui ne se trouve pas dans le domaine public, monsieur Debonis ? Vous avez le devoir de partager vos sources d’information avec nous. 

00:29:20 L’agriculteur Federico Angelotti nous explique qu’il utilise le soleil pour faire mûrir le blé au lieu du glyphosate 

Je ne suis certainement pas un expert en culture du blé, mais il est toujours hasardeux de comparer des techniques agricoles appliquées dans un contexte climatique et une échelle de production complètement différents. Peut-être qu’avec des superficies plus modestes et des saisons plus longues, l’utilisation de glyphosate pour accélérer et uniformiser le mûrissement n’est pas pertinente en Italie. L’agriculteur Angelotti cultive 80 hectares avec une saison de croissance de 215 à 230 jours. L’agriculteur canadien cultive 5000 hectares en 130 à 140 jours de saison de croissance. Des réalités locales bien différentes. 

00:33:06 Si les Italiens ont autant à coeur leur santé, peut-être devraient-ils réduire leur consommations de pâte? Mais c’est un tout autre sujet…. 

00:33:51 Le glyphosate a été réautorisé malgré les Monsanto papers 

Malgré….? Les Monsanto papers sont un non-événement monté en épingle qui ne change rien à la conclusion. On parle ici d’un seul article possiblement  »gostwritté » mais révisé par les pairs et dont les conclusions sont les mêmes que l’écrasante majorité de la littérature scientifique sur le sujet. Si cela s’avère c’est pas chic, mais de là à remmetre en cause la validité du procédé d’homologation… Un peu de sérieux svp.

00:34:39 Le CIRC a consulté uniquement des études publiées et révisées par les pairs. Par contre, Santé canada s’est basé sur des études en grande majorité fournie pas l’industrie. 

Il faut que tous les conflits d’intérêt soient déclarés. Ensuite, il faut juger de la qualité de l’étude selon des critères acceptés par l’ensemble de la communauté scientifique. Si cette démarche est respectée, il devient possible de débusquer les mauvaises études qu’elles proviennent d’équipes de chercheurs indépendantes ou pas. Indépendance n’équivaut pas à compétence ou honnêteté intellectuelle ou absence de biais. 

00:35:45 Les études retenues ne datent pas d’hier, bon nombre d’entre elles remontent aux années 70 et 80 au début de la commercialisation du produit. 

Il est évident que, pour commercialiser ce produit, l’industrie a dû fournir un grand nombre d’études. Est-il nécessaire de refaire toutes ces études SI elles sont de qualité? La science a bien sûr progressé depuis, mais les données, elles, sont les mêmes. Comme le résume le directeur de la gestion de la réévaluation chez Santé Canada, les nouvelles recherches ne sont pas nécessairement pertinentes dans le contexte particulier de la réglementation des pesticides. 

00:37:00 L’effet endocrinien a été peu étudié il y a 20 ans. 

Plusieurs études ont été faites depuis sur la possibilité que le glyphosate soit un perturbateur endocrinien. Même les études in vitro sont très peu concluantes. https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.2903/j.efsa.2017.4979

00:37:40 Pourtant, ce n’est pas ce que les chercheurs ont découvert : des produits co-formulés avec du glyphosate seraient 10 000 fois plus toxique que le glyphosate. 

Le chercheur fait référence à une étude réalisée par Séralini (encore lui) et lui-même. Elle a été vivement critiquée. Fidèle à sa réputation, Séralini mise là encore sur la pseudoscience et la manipulation de données. L’étude en question à été réalisée in vitro avec des cellules humaines puis extrapolée sans aucune précaution au contexte in vivo et en l’absence de témoins négatifs comparait des produits coformulés avec le pesticide sans prendre en compte la concentration réelle du glyphosate dans ces produits. 

00:38:29 Photocopie et photo interdites 

On appelle ça le secret commercial. 

00:08:58 L’effet cocktail. 

Le risque zéro n’existe pas et les interactions sont infinies. On fait quoi alors? On arrête l’agriculture? Les études épidémiologiques prospectives devraient nous rassurer. En outre, si, comme certains le prétendent, l’effet cocktail est réel, il ne doit pas être bien nocif, puisque, malgré la soupe chimique dans laquelle nous baignons, l’humain n’a jamais vécu aussi vieux. 

00:40:11 La chélation a des effets pervers et le glyphosate pose problème pour la fertilité du sol. 

En théorie (in vitro) peut-être. En pratique (in vivo), aucune donnée ne semble indiquer que le glyphosate pose problème pour la fertilité des sols et l’absorption des minéraux par les plantes. De plus, le glyphosate permet le semi direct, ce qui est extrêmement bénéfique pour la santé des sols

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23013354-

http://seppi.over-blog.com/2019/01/le-glyphosate-est-il-un-agent-chelateur-2.html

00:41:30 Monsieur Robin nous explique ici les aspects à prendre en considération dans le débat et l’importance de ne pas précipiter nos changements et décisions de société sans peser le pour et le contre. 

Cela aurait une très bonne manière de conclure le reportage. Hélas… 

00:41:48 Les solutions préconisées par la Semaine verte : une meilleure rotation et une plus grande tolérance pour les mauvaises herbes. 

Tout le monde est pour la vertu et encourage la rotation des cultures. Encore faut-il qu’il y ait une demande pour ces cultures et que ce soit rentable. Les agriculteurs ne sont pas des organismes à but non lucratif. 

Plus grande tolérance des mauvaises herbes? Ce n’est pas un choix esthétique que font les agriculteurs, mais bien un calcul de productivités et de rentabilité. Si la productivité chute dans les champs, il faudra mettre encore plus de terre en production agricole pour produire le même nombre de calories. Consultez les chiffres, ce type de terre ne court pas les rues. 

00:41:55 Se défaire de notre dépendance à cet herbicide

Nous ne sommes pas « dépendants » du glyphosate et il pourrait facilement être éliminé du système agricole mondial. Cependant cela se ferait au prix d’un retour au labourage intensif (augmentation des GES, perte d’une partie de la vie biologique des sols), de l’augmentation de l’utilisation de produits nettement plus toxiques, d’une flambée des prix des aliments et d’une augmentation des terres mises en culture au détriment d’écosystèmes naturels. Sommes-nous prêts à payer aussi cher, au nom du fameux principe de précaution, pour enrayer un mal jusqu’à présent plus ou moins imaginaire? 

00:41:58 Il faudra rétablir la confiance du public. 

À cet égard, ce reportage est une occasion ratée. 

00:42:07 On a fait pareil pour le tabac et l’amiante : on attend 10-15 ans avant d’agir alors qu’on a des preuves scientifiques. 

On finit en beauté avec l’analogie si chère aux intégristes anti-pesticides entre le réel problème de santé publique lié au tabac et à l’amiante et le risque fantasmé (du moins d’après ce que nous dit la science à ce jour) lié à l’utilisation du glyphosate. 

Rappelons certains faits brutaux : 

Augmentation du risque relatif de certaines pathologies graves entre 1) non-fumeurs et fumeurs : de 2500% à 11 000% , 2) exposition et non exposition à l’amiante : de 300 à 600% . 

Maintenant, du côté du glyphosate : entre fermier exposé et non exposé au glyphosate : +/- 0% 

et oui….tout ça pour ça.

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